Edna Adan Ismail
Elle a mis sa retraite dans une maternité bâtie sur une décharge, puis formé les sages-femmes pour la faire vivre.
L'ascension
Née à Hargeisa en 1937, fille d'un médecin somali réputé, elle se forme au métier d'infirmière sage-femme en Grande-Bretagne et rentre dans un pays presque dépourvu de soins maternels. Une première tentative de construire un hôpital à Hargeisa, en 1980, tourne court : la guerre d'indépendance du Somaliland la contraint à l'exil. Elle passe les années suivantes à l'Organisation mondiale de la santé, comme responsable technique régionale pour la santé de la mère et de l'enfant de 1987 à 1991, puis comme représentante de l'OMS à Djibouti jusqu'en 1997.
Ce qu'ils ont fait
À sa retraite, elle engage ses économies et sa pension dans une maternité bâtie sur une ancienne décharge de Hargeisa ; ouverte en mars 2002, elle devient un hôpital universitaire et une université qui forment des milliers de sages-femmes. Ministre des Affaires étrangères du Somaliland de 2003 à 2006, première femme à ce poste, elle combat depuis plus de cinquante ans les mutilations génitales féminines, publiant les données cliniques de ses services.
Le tableau complet
Sa carrière politique s'est déroulée dans un État qu'aucun pays ne reconnaît, et elle défend ouvertement la séparation du Somaliland d'avec la Somalie, ce qui pèse sur la façon dont on la lit à Mogadiscio. Son hôpital dépend par ailleurs largement de la philanthropie occidentale et diasporique, une fragilité qu'elle reconnaît.
Pourquoi c'est important
Elle a elle-même été excisée à huit ans et l'a dit publiquement des décennies avant qu'il soit prudent de le faire, transformant une blessure intime en preuves cliniques mesurées. Son leadership est de l'espèce ingrate et concrète : acheter le terrain, poser les briques, former le personnel, compter les résultats.
“J'exige que si vous voulez être un professionnel de santé, sage-femme, pharmacien, technicien de laboratoire ou quoi que ce soit d'autre, et que vous êtes formé dans mon hôpital, vous vous engagiez auprès de moi à combattre les mutilations génitales féminines.”