Ameenah Gurib-Fakim
La scientifique qui a inventorié les plantes de ses îles, avant d'accepter une présidence qu'elle n'a pu garder.
L'ascension
Chimiste formée au Royaume-Uni, Gurib-Fakim a passé des décennies à documenter les propriétés médicinales et cosmétiques des plantes de l'océan Indien, devenant doyenne puis pro-vice-chancelière de l'université de Maurice. En 2007, elle reçoit le prix L'Oréal-UNESCO Pour les femmes et la science pour l'Afrique et les États arabes.
Ce qu'ils ont fait
Ses travaux ont transformé la flore endémique des Mascareignes, des plantes que l'on ne trouve nulle part ailleurs, en une pharmacopée documentée, et ont fait d'elle l'une des grandes voix africaines en faveur de la biodiversité comme actif économique. En juin 2015, l'Assemblée nationale l'élit présidente de Maurice : la première femme cheffe de l'État du pays.
Le tableau complet
Elle démissionne en mars 2018 après que L'Express eut révélé qu'elle avait dépensé quelque 26 000 dollars sans rapport avec l'activité de l'organisation sur une carte de crédit remise par le Planet Earth Institute, une ONG londonienne financée par l'homme d'affaires angolais Álvaro Sobrinho. Elle avait siégé à son conseil de 2015 à 2017 tout en étant cheffe de l'État. Elle a remboursé les sommes, nié tout manquement et n'a jamais été condamnée.
Pourquoi c'est important
La collection compte peu de scientifiques et encore moins de voix insulaires ; elle est les deux. Son cas pose aussi la question la plus tranchante du recueil : que se passe-t-il lorsqu'une scientifique sans appareil politique reçoit une présidence honorifique, puis se voit courtisée par un argent qui veut sa crédibilité.
“La mauvaise herbe n'existe pas. C'est une plante. C'est un laboratoire biologique vivant qui détient peut-être les réponses aux questions que nous nous posons, mais encore faut-il lui garantir le droit de vivre.”