Aimé Césaire
Le poète qui a forgé le mot « négritude », écrit le réquisitoire contre le colonialisme et gouverné son île pendant cinquante-six ans.
L'ascension
Né à Basse-Pointe en 1913, fils d'un contrôleur des contributions, Césaire obtient une bourse pour Paris, où, au lycée Louis-le-Grand puis à l'École normale supérieure, il rencontre Léopold Senghor et Léon Damas et forge, dans la revue L'Étudiant noir, le mot « négritude ». Son Cahier d'un retour au pays natal (1939) fait de cette idée l'un des grands poèmes du siècle.
Ce qu'ils ont fait
Élu maire de Fort-de-France et député en 1945, il porte la loi de 1946 qui fait de la Martinique un département français, et publie en 1950 le Discours sur le colonialisme, dont l'accusation selon laquelle l'Europe a couvé le nazisme dans ses colonies devient un texte fondateur de la pensée anticoloniale. Il rompt avec le Parti communiste dans sa Lettre à Maurice Thorez de 1956 et fonde le Parti progressiste martiniquais en 1958.
Le tableau complet
La départementalisation, qu'il qualifiera plus tard d'erreur, a arrimé la Martinique à Paris et l'a laissée dépendante, et ses critiques, de Fanon à nos jours, ont vu dans la négritude un essentialisme enfermant l'identité noire dans les catégories de l'Europe. Il a conservé la mairie plus d'un demi-siècle, domination personnelle hors norme pour un démocrate, et n'a jamais réclamé l'indépendance.
Pourquoi c'est important
Césaire a donné au monde noir un vocabulaire pour sa propre dignité et à l'Europe un miroir qu'elle évite encore ; ses « deux manières de se perdre », par murement dans le particulier ou par dilution dans l'universel, restent le dilemme de la diaspora.
“Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.”