Alain Mabanckou
Le gamin de Pointe-Noire qui a forcé la littérature française à admettre qu'elle n'avait jamais été seulement française.
L'ascension
Né en 1966 à Pointe-Noire, élevé par une mère qui ne savait pas lire, Mabanckou étudie le droit à Brazzaville puis à Paris et passe dix ans chez Suez-Lyonnaise des Eaux tout en publiant de la poésie. Son premier roman, Bleu-Blanc-Rouge (1998), reçoit le Grand Prix littéraire d'Afrique noire ; Verre cassé (2005) fait de lui une vedette.
Ce qu'ils ont fait
Mémoires de porc-épic obtient le prix Renaudot en 2006 ; suivent Black Bazar, Petit Piment et Lumières de Pointe-Noire, traduits dans une vingtaine de langues. Professeur à UCLA depuis 2006, il occupe la chaire de création artistique du Collège de France en 2015-2016, et sa leçon « Lettres noires » exige que l'écriture africaine soit lue comme de la littérature, non comme de l'ethnographie.
Le tableau complet
À Brazzaville, on lui reproche d'être un Parisien et un Californien qui fait la leçon au Congo depuis l'étranger ; en 2018, il décline publiquement l'invitation d'Emmanuel Macron à travailler sur un projet pour la francophonie, accusant l'institution de protéger des dictateurs, à commencer par celui de son pays. Ses narrateurs de comptoir, désinvoltes, sont parfois accusés de flatter l'attente occidentale d'une exubérance africaine.
Pourquoi c'est important
Mabanckou a fait plus que quiconque de sa génération pour ramener la fiction africaine de langue française des marges vers le centre, et son franc-parler sur le régime de Denis Sassou Nguesso garde la littérature arrimée à la politique. Il prouve qu'un écrivain peut être congolais, français et californien sans demander la permission à personne.
“J'appartiens à une génération d'écrivains qui brisent les barrières, refusent la départementalisation de l'imaginaire.”