King Mohammed V
Le sultan que la France exila à Madagascar — avant de devoir le rappeler pour mettre fin à son propre protectorat.
Non évalué — souverain pré-constitutionnel — portrait, sans note. Notre méthode →
L'ascension
Choisi par les Français en 1927, à dix-huit ans, comme un troisième fils qu'ils croyaient docile, Sidi Mohammed ben Youssef se rapproche discrètement du mouvement nationaliste de l'Istiqlal. En avril 1947, son discours de Tanger réclame l'indépendance et l'unité du Maroc sans jamais nommer la France, première revendication publique de cet ordre venue du trône.
Ce qu'ils ont fait
Déposé et exilé en Corse puis à Madagascar en août 1953, il devient le symbole de la résistance ; attentats et agitation urbaine contraignent Paris à le rétablir en novembre 1955. Il négocie l'indépendance vis-à-vis de la France en mars 1956 et de l'Espagne en avril, prend le titre de roi en 1957 et fonde les Forces armées royales et les premières institutions de l'État moderne.
Le tableau complet
La monarchie qu'il a sauvée a absorbé le mouvement nationaliste plutôt que de partager le pouvoir avec lui : aucune constitution n'est adoptée de son vivant, le soulèvement du Rif de 1958-1959 est écrasé par le prince héritier Hassan, et sa cour pose les fondations de la domination du Makhzen. L'idée qu'il aurait « sauvé les juifs du Maroc » est débattue : il a résisté aux statuts de Vichy, mais ceux-ci furent largement appliqués.
Pourquoi c'est important
Mohammed V a fait du trône marocain le véhicule de l'indépendance plutôt que sa victime, chose rare dans la décolonisation, et la dynastie alaouite tire encore sa légitimité de son exil. Si son portrait est partout, ce n'est pas un hasard : il a montré qu'un roi pouvait être nationaliste.
“Nous sommes passés de la bataille du petit jihad à celle du grand jihad.”